Exercices de styles

Ma moitié est partie

Depuis que ma moitié a quitté la maison, je n’ai plus toute ma tête.
Depuis son départ, je me sens coupé de moi-même. Moi qui me suis toujours mis en quatre pour ses enfants, moi qui ai même pris un mi-temps pour avoir plus de temps pour nous, me voilà bien récompensé !
Et pour couronner le tout, comme, par excès de confiance, je n’étais assuré qu’au tiers, je ne suis pas couvert pour la perte de ma moitié.

C’était une bonne moitié, avant qu’elle parte avec mon meilleur ami.
Il faut dire que ma moitié n’a jamais fait dans la demi-mesure…
Quand j’ai appris mon infortune par sa bouche, en lui tournant le dos car sa bouche n’arrivait pas à me le dire en face, les bras m’en sont tombés. J’ai perdu pied. En équilibre sur le pied qui me restait, je l’ai traitée de grue. Elle m’a traité de demi-portion, m’a reproché de faire toujours les choses à moitié. Elle ne m’a fait aucun quartier. J’étais dans mon petit soulier. Malgré tout, je suis demeuré droit dans ma botte. Et ce qui me restait de membres a fait corps avec moi. Je pouvais compter sur leur esprit de corps. Je suis d’un caractère entier, quoi qu’en pense ma moitié.

Inutile de vous dire qu’après un coup pareil mon meilleur ami ne l’est plus ! Quand je pense que la meilleure moitié de moi-même passe son temps avec mon pire ami, devenu mon meilleur ennemi, j’ai mal dans tout ce qui me reste de corps. C’est-à-dire pas grand-chose. Quand on s’est revus, lui avec mon ex-moitié et moi avec mon mi-moi, je n’ai pu lui parler qu’à demi-mots.

Comme mon ex-meiller ami, avec qui je regardais toutes les éditions de La tête et les jambes avant qu’il prenne les jambes de ma moitié à son cou, se sentait coupable envers moi, il a cru pouvoir se racheter en me payant des demis. Des demis, moi qui suis séparé de ma moitié ! Comme je ne vois plus maintenant que le verre à moitié vide, je lui ai balancé la moitié pleine du demi à la figure.

Alors là, on a failli en venir aux mains ! Mais comme il ne m’en restait plus qu’une, j’aurais eu le dessous. Alors j’ai jeté le gant et j’ai tenté la voie diplomatique. « On peut négocier », j’ai dit en vidant l’autre demi avec lui. « On fait fifty-fifty, ok ? ». Lui hésita, car il n’était pas à l’aise vis-à-vis de moi, je le sentais mi-figue mi-raisin. Me jetant à l’eau, j’ai proposé de la prendre un jour sur deux. Mais ma moitié refusa catégoriquement de se couper en deux.
Pour le coup, on est définitivement brouillés. Moi et ma moitié, on ne se voit plus. Ma main gauche ignore ce que fait ma main droite.
Elle était une partie de moi-même, et pourtant elle est partie d’elle-même.

Depuis qu’elle m’a quitté, je ne suis plus du tout le même homme.
C’est à peine si je me reconnais ! Sur les photos, je suis toujours coupé en deux.
Pour me voir normal dans ma glace en pied, pour avoir l’impression d’être entier, je dois me mettre de profil pour me regarder. De cette façon, je ne vois pas mes manques. C’est pourquoi je ne l’ai pas annoncé sur mon profil Facebook.

Ma moitié et moi, nous attendons la séparation de corps.

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