Billets d'humeurs

La langue française trahie par les élites

Contre les moulins à vent du Globish Don quichottesque, cette bataille que certaines et certains ont engagée contre le tout-à-l’anglais qui selon eux gangrène la belle langue de Molière ? Sans doute, tant la tâche paraît titanesque.

Ce sympathique combat a la beauté des causes perdues d’avance. Mais les aficionados du Français pur et dur le poursuivent avec une ténacité, une opiniâtreté remarquables, qui forcent le respect.

Ces chevaliers blancs pourfendeurs du british vulgarisateur et réducteur se battent contre vents et marées, indifférents aux quolibets de ceux qui les traitent avec beaucoup de mépris de passéistes, de franchouillards, de Super Dupont de la langue, voire de… nationalistes ! D’aucuns insinuent même qu’ils pourraient être des affidés de Bleu Marine… Mais nous savons que le dénigrement et le ragot sont des sports nationaux boostés ( pardon : encouragés ) par les réseaux sociaux.

Il faut bouter l’Anglais hors du Français ! 

Alors, oui, nos «Don Quichochottes » qualifiés de vieux croûtions réacs chatouilleux du français assument cette comparaison peu flatteuse avec l’homme de la Manche, et ils combattent vaillamment les moulins d’Outre-Manche et Atlantique avec les armes d’aujourd’hui. Non au tout-à-l’anglais est le site le plus connu et reconnu de ces « losers » méprisés par la tribu des WASP version franglaise, qui pratiquent un globish-boulga qui est à la langue de Shakespeare ce que MacDo est à la gastronomie. La femme qui mène ce combat via Internet et Facebook ( Valérie F., blogueuse ) est devenue la porte-drapeau de cette insurrection plumitive. Elle s’est érigée en Jeanne d’Arc du langage, seule contre tous pour galvaniser des troupes un peu dispersées. A-t-elle entendu des voix, lesquelles l’auraient chargée d’une sainte mission ? A vrai dire, on a un peu cette impression quand on l’entend parler, vociférer, appeler à dresser des barricades syntaxiques pour contenir l’ennemi saxon. C’est parce qu’elle est vraiment habitée par sa mission, ce qui est tout à son honneur. Mais attention : lancer des alertes ne justifie pas de lancer des anathèmes… jamais !

La french gastronomy se met au globish !

Take eat easy ( super jeu de mots ! ), Taste of Paris… les sites français sur la cuisine française se lâchent : titrer en anglais, man, c’est tellement plus sexy ! Ne dites plus fromage mais cheese, et souriez pour votre selfie ! Gastronomie hexagonale, certes, mais de là à se présenter dans cette langue… ce serait un peu trop ringard, non ? Pardon : has-been. Le manger et le parler, après tout, c’est toujours une affaire de langue.

Alors de grâce, parlons comme l’on mange ! Si l’on utilise des épices pour les sauces des plats, par contre sur nos moteurs de recherche les accents, les cédilles n’ont plus cours pour le français. Autant dire que notre belle langue « gougueulisée » perd toute sa saveur ! C’est de la castration linguistique ou je ne m’y connais pas. Ah, c’est vrai, des accents il n’y en a pas, ou si peu, en anglais ! « Caractères non reconnus », nous retoque le cyberflic qui châtre                  ( pardon : chatre ) notre vocabulaire. Leçon d’anglais devient Lecon d’anglais. Pour le coup, c’est limite insultant pour nos amis d’Outre-Manche !

« I velib I can fly »

Si une colonisation débute et culmine par la langue, alors la nôtre par l’anglo-américain est déjà presque achevée. Yes, they can ! La mairie de Paris et Anne Hidalgo, qui paraît-il défendent la francophonie ( un peu comme les généraux yankee défendaient les réserves indiennes ), se sont soudain lâchées avec leurs affiches pour le new Vélib’ : sur fond bleu ciel, ces mots qui doivent faire frémir d’orgueil les touristes anglophones : I Vélib’ I can fly ! Une collectivité territoriale française qui se moque aussi ouvertement de la Loi Toubon de 1994. I believe I dream ! Dites-moi que je rêve ! Faire davantage allégeance à nos maîtres américains me semble assez difficile. Mais oui ! Allons-y à fond pour faire sauter les derniers verrous de résistance franchouillarde, my dear friends ! Et nous ne serons pas surpris d’apprendre par voie de presse que le dernier Conseil municipal de Paris s’est tenu en Anglais !

Le globish est avant tout un business language

Il faut des lances-plumes sacrément solides à ces Don Quichotte pour pouvoir ne serait-ce qu’égratigner la carapace en béton armé des moulins à vent du globish ! Ah, le globish ! ce langage « universel » et qu’on nous vend comme une sorte de fluidifiant pour faciliter la communication entre les peuples, alors que c’est un marchepied pour la marchandisation des esprits. Ce business language censé tout simplifier… au profit de qui ?

En tous les cas, il envahit notre vie quotidienne, dans nos métiers comme dans notre environnement citadin. Au fond, celles et ceux qui ont à cœur de défendre la belle langue française ébranlée par les coups de boutoir anglo-saxons se moquent de passer pour des has-been ( quel est le mot anglais pour ringard ?) aux yeux de ceux qui baignent dans le globish toute la journée. Ils s’obstinent à combattre cet envahissement qui modifie jusqu’à nos mentalités, ayant bien compris que la langue est le principal instrument des colonisateurs économiques qui oeuvrent à transformer les mentalités pour mieux nous vendre leur soupe et leur modèle de société ultra-libéral ( voir le célèbre discours de la regrettée Maggie Thatcher prononcé en l’an 2000 ).

La Loi Toubon défend le français ? Ah, ah ! We don’t care about Allgood Law !

La Mairie de Paris et Madame Hidalgo, avec leur « I vélib’ I can fly », se fichent comme d’une guigne de la loi Toubon du 4 août 1994, qui institue l’obligation d’utiliser la langue française pour la rédaction des textes légaux, mais aussi pour la présentation de produits au consommateur. Elle vise notamment à «assurer la primauté de l’usage de termes francophones traditionnels face aux anglicismes ». Sur le papier, ça en jette un max ! Respect ! Sur le terrain… c’est une autre paire d’outre-Manche !

Car qui s’occupe de faire appliquer cette loi surnommée « Allgood » ( Tout bon en anglais ) par  ses détracteurs ? Presque personne, à vrai dire, en dépit des vociférations de nos Don Quichotte de ( ce côté de ) la Manche qui hurlent au scandale. Jugée inconstitutionnelle et liberticide, cette loi a été largement amputée et s’avère inefficace. Alors les franglicistes qui pullulent dans la pub, les managers du french bashing, les winners du street message packaging n’ont pas de soucis à se faire : ils peuvent continuer en toute liberté à massacrer notre langue nationale au profit de la dimension essentiellement commerciale de l’anglais. What else ?

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